Simon Lambrey – Chroniques des gens humains

L’AdaDa présente

Simon Lambrey

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Chroniques des gens humains

Pendant des siècles, les hommes ont vécu dans des cités – cité, au sens premier du terme. Celles-ci consistaient en des lieux bien circonscrits dont l’intérêt principal était d’assurer la coprésence : coprésence des activités, des ressources, des services, la coprésence des hommes en somme, qui rendait plus solides les liens sociaux. Aujourd’hui, bien souvent il n’y a plus un centre, mais des continuités le long desquelles les gens humains circulent. Et chacun de hâter le pas et de croiser l’autre sans le voir, sans échanger ni regard ni parole.

Dans le cadre de l’exposition Chroniques des gens humains, les sculptures de Simon Lambrey restent elles aussi silencieuses, mais elles s’imposent dans l’espace du Soixante AdaDa par le sentiment d’humanité qui émanent d’elles. En étant-là tout simplement, en travers du chemin du visiteur, elles forcent la co-présence, elles donnent à voir, subtilement, leur différence. Sont ainsi présents quelques Esprits du Septentrion, quelques Créatures des territoires actuels, quelques Fossiles aussi. Toutes ensembles, ces sculptures sont l’autre. Non loin d’elles, une série de dessins aborde la question de L’origine des autres, tandis que sur des photos passent les Droubles, ces doubles de nous-mêmes allant dans le trouble du monde urbain.

Exposition du 5 au 15 mars 2015, du lundi au vendredi de 15h à 20h, le samedi et dimanche de 10h à 15h.

Vernissage samedi 7 mars 2015 à partir de 18h

A 20h, lecture / performance. Avec Yves Adler, Sathy N’Gouane et Simon Lambrey

Dévernissage dimanche 15 mars à partir de 12h

Simon Lambrey

Simon Lambrey, Chroniques des gens humains

La figure humaine est-elle un thème qui te traverse depuis longtemps ?

J’ai parfois essayé de faire de l’abstrait, mais je retombe quasi toujours sur quelque chose de figuratif. Cela s’impose de manière intuitive en quelque sorte… En fait, j’ai besoin d’être ému, aussi bien par ce que je vois chez d’autres artistes que par ce que je fais, et c’est lorsque que c’est figuratif que je parviens le plus à prêter une émotion à une œuvre, que le dialogue est le plus évident pour moi. Donc oui, le thème de la figure humaine me traverse depuis longtemps. Et il y a d’ailleurs une certaine cohérence avec mon métier. Mais cela s’est imposé à moi et ce n’est que dans un deuxième temps que j’ai commencé à y penser de manière un peu plus théorique.

Ce qui m’intéresse particulièrement dans la sculpture, c’est la capacité de mise en présence de l’œuvre dans le même espace que la personne qui regarde l’œuvre, cette possibilité de coprésence. Ce qui, je pense, est très spécifique à la sculpture. Par exemple, quand tu es face à une photo, la photo est bien là, mais ce qu’elle dit est ailleurs, elle te donne la possibilité de rentrer dans un espace qui est autre que celui dans lequel tu es physiquement quand tu la regardes. La sculpture, elle, est vraiment là, dans ton espace. D’où la coprésence, qui implique donc le rapport à l’autre, et donc la dimension de l’altérité, qui est le thème de l’exposition mais qui va au-delà. Et au-delà, ce qui m’intéresserait, c’est de pouvoir mettre des sculptures dans l’espace public, pour qu’il y ait une obligation d’intersection des espaces, pour qu’il y ait une vraie rencontre.

Cela fait écho aux thèmes de recherche que j’avais en sciences cognitives, notamment quand je travaillais sur ce que l’on appelle l’espace personnel, cette bulle invisible autour de toi dans laquelle on ne peut pas rentrer sans que tu ressentes une sorte d’intrusion. Je pense qu’a priori les photos n’ont pas d’espace personnel, les dessins non plus, mais que les sculptures peuvent en avoir un . C’est justement ce vers quoi j’oriente ma recherche artistique. Ce qui a impliqué d’ailleurs que je passe d’un petit format à un grand format, parce que parmi les facteurs qui donnent une sensation de présence, je pense que l’échelle joue. C’est pour cela aussi que mes sculptures, en tout cas les plus récentes, n’ont pas de socle, car le socle pour moi crée une frontière entre mon espace et celui de la sculpture.

Qu’est-ce que tu projettes de toi dans ces autres que sont tes sculptures ?

Je ne me suis jamais posé la question, parce qu’il n’y a pas vraiment d’intention, je veux dire au sens d’un message que j’aurais à faire passer. Je n’ai pas l’intention de projeter ou de dire quelque chose en particulier pour chaque sculpture. Et d’ailleurs quand je fais une sculpture, je fonctionne vraiment à la relation, c’est à dire qu’à un moment donné, je ressens cette sensation de présence et je me laisse guider intuitivement. Pour le dire autrement, il y a un moment où j’ai l’impression d’être en face d’une rencontre, une rencontre avec la pièce que je suis en train de faire. Il y a un moment où, en termes d’émotion et de ressenti, quelque chose me parle. Ce que me renvoie la sculpture correspond à ce que je ressens, comme une résonance, et donc sans doute à une partie de ce que je suis. C’est ça, éventuellement, que je projette de moi.

Et en fait, je cherche avant tout à projeter une émotion, du sensible essentiellement, pas un discours. Je veux que mes sculptures soient ressenties avant d’être comprises. Pareil pour mes dessins et mes photos d’ailleurs. Et mes textes aussi. Si tout cela est compris froidement, alors c’est que je me suis trompé quelque part par rapport à ce que je veux faire de mon travail. J’apprécie beaucoup de réfléchir, au sens intellectuel, à ma démarche, et à l’art en général. C’est passionnant et ça apporte beaucoup je crois. Mais quand on parle théoriquement de ce que l’on fait, on est toujours très loin du ressenti. Et il manque quelque chose. L’essentiel à mon avis.

Il y a peut-être aussi une autre dimension qui me guide, c’est la dimension de l’étrangeté. C’est à dire que si tu es face à quelque chose qui est exactement comme tu t’attends à le percevoir, il ne se passe pas grand chose. A partir du moment où il y a un petit décalage, c’est suffisamment proche de ce que tu attends pour que tu t’y retrouves mais aussi suffisamment différent pour que ça interroge. Au-delà, si le décalage est trop grand, il y a rupture de contact, c’est à dire que tu ne peux pas rentrer en contact si tu es trop différent du modèle. Et de nouveau, ça ne dit plus grand chose.

Comment est né ce projet d’exposition Chroniques des gens humains ?

Je crois qu’il était là depuis longtemps, avant même de savoir que cette expo allait avoir lieu au Soixante. J’avais une partie du titre qui me trottait dans la tête, Les gens humains, qui pour moi renvoie à un projet plus global. Nicolas Cesbron a été d’accord pour m’accompagner dans ce projet, et ce fut une année de travail faite d’échanges et d’interactions très riches. Je pensais au départ mettre essentiellement des sculptures mais Nicolas a vu mes dessins et photos et m’a dit qu’ils pouvaient avoir leur place dans l’expo. Le néologisme drouble pour mes photos est d’ailleurs de lui, et on ne pouvait trouver mieux. Il y a eu des discussions sur le nom des peuples que constituent mes sculptures, beaucoup de conseils techniques et d’aide logistique. Et finalement, pour le titre, Nicolas m’a proposé d’ajouter Chroniques à Gens humains, ce qui m’a semblé évident. Voilà comment est née l’exposition.

Je remercie beaucoup Nicolas pour sa générosité et ces échanges précieux. Une vraie rencontre pour moi. Je remercie aussi beaucoup Yves Adler qui a accepté de dire le texte Chroniques des gens humains avec moi le soir du vernissage, texte écrit pour l’exposition. Il a su d’une certaine manière me faire re découvrir mon propre texte, ce qui est fort. Merci aussi à Sylvie Decugis pour son aide et conseils sur la mise en espace dont elle a le talent. Merci encore à Sathy N’Gouane mon ami musicien compositeur de nous avoir donné du piano. Merci à Rabah Medhaoui pour sa spontanéité poétique. Et merci à toi Anne pour ta disponibilité.

9 mars 2015, propos recueillis par Anne Dessertine

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