Ella Helman – Contemplations urbaines

L’AdaDa présente

Ella Helman

Ella Helman affiche bleue web

Contemplations urbaines. De l’œil à l’ouïe

« Tout ce contre quoi la vie urbaine nous paraît être la défense organisée, tout ce que nous haïssons, tout ce dont nous nous garantissons à si haut prix, tous ces sous-produits de la cohabitation, ici ne deviennent jamais sa limite. Ils forment plutôt le milieu naturel dont la ville a besoin pour prospérer ». Claude Lévy Strauss, Tristes Tropiques

Le regard est un langage, un langage conscient dans ce laboratoire urbain qu’est la ville où il faut sans cesse composer, conquérir, s’affronter. Un champ de forces. Un champ d’expériences. Les portraits « pris sur le vif » que peint Ella Helman caractérisent cette volonté et ce désir de tendre vers le bonheur ; la joie de vivre est une volonté qui s’acquiert au sein de notre tribu urbaine. Ou pas.

« Il n’est pas difficile d’être malheureux ! Ce qui est difficile, c’est d’être heureux ; ce n’est pas une raison pour ne pas essayer ». Alain, Propos sur le Bonheur

Faut-il chercher le bonheur pour l’avoir comme récompense ?

Ella aime ce contraste : Buena Vista Social Club de WimWenders versus La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino.

Exposition du 11 au 21 septembre 2014, du mardi au samedi de 15h à 20h et le dimanche de 10h à 15h

Vernissage vendredi 12 septembre à partir de 18h

 

Ella Helman, Contemplations urbaines. De l’œil à l’ouïe

Que représente cette exposition pour toi ?

 

Pour moi, toutes les expositions sont importantes parce qu’elles sont avant tout des expériences personnelles. On revoit notre travail avec une distance, comme une tierce personne le verrait, c’est à dire qu’on le voit vraiment. En atelier ce n’est pas pareil. De toute façon, et je pense que c’est la même chose pour tous les artistes et à chaque fois, l’exposition nous donne envie de nous remettre au travail. Mais donner envie ce n’est même pas le mot, parce que notre vie c’est de faire des tableaux et on le fait parce qu’on en a envie. En tout cas, c’est un autre regard sur les tableaux, accrochés, avec des murs nets derrière.

Cette exposition est un mélange de différentes périodes, certains tableaux datent d’il y a quelques années, d’autres sont de cette année et d’autres encore ont été faits uniquement pour cette exposition. Il n’y a pas de tableaux très anciens, sauf une petite tête que j’ai faite il y a vraiment longtemps. Elle est un peu refaite, parce que j’aime bien revenir parfois sur le même tableau. Celui-là en l’occurrence est très ancien.

 

Il t’arrive de revenir sur tes tableaux des années plus tard ?

 

Oui, parce que je retrouve un ancien tableau et j’aime bien par exemple changer le fond. Celui-ci était cadré très serré et je trouvais qu’il manquait d’air. C’est un autre regard. J’ai changé le fond et j’ai rajouté un collage dessus. Comme j’avais repeint, la date avait disparu et donc de nouveau je l’ai signé. Mais tout ça est spontané.

Je l’ai travaillé au sol, ce qui veut dire que j’ai commencé par faire un visage entier, presque classique, et ensuite en travaillant avec les craies, avec d’autres couleurs par dessus, il est devenu ce qu’on en voit et celui qui était dessous a disparu. Il y a tellement de couches de peinture, de changements spontanés qu’on ne peut pas imaginer qu’en dessous il y a un visage carrément classique.

Plusieurs de mes tableaux sont faits de cette manière, y compris des paysages. Je démarre par certaines choses que nous voyons classiquement, et après… C’est comme regarder la nature, on a un paysage devant soi et soudainement la lumière du soleil change, notre regard voit d’autres perspectives, d’autres choses et tout devient complètement différent. Chaque image donne la suite.

Et on change. On ne peut pas dire que notre style d’aujourd’hui va se poursuivre indéfiniment, parce que, surtout, on cherche toujours et toujours. Parfois on reste sur une série d’énergies, de thèmes, ils se ressemblent, mais à un moment donné on change. C’est pour ça que l’on donne le nom de série.

 

De quelle manière le dispositif de l’exposition te donne-t-il envie de retravailler ta série de grands portraits ?

 

Ces images ne sont pas des portraits, parce que ce ne sont pas des visages de gens connus, ni le visage d’une personne en particulier. Plusieurs personnes, plusieurs portraits ont permis de composer ces visages. Donc ce ne sont pas des portraits, ce sont juste des visages. Composés pour capter l’émotion, l’expression.

En faisant cette série de grands formats, je voulais justement capter des moments, près de la personne, comme quand on fait des photos prises sur le vif, spontanées. Chez chacun il y a cette sorte de regard, quand on pense à quelque chose, ou en conversant et que soudainement les pensées sont ailleurs. Et paf, il y a quelqu’un qui a enregistré ça, par la photo ou la mémoire. C’est ça que je cherchais, approcher les visages de très près et ne pas laisser d’air autour.

A présent, j’ai envie de faire tout à fait le contraire, de voir les gens de loin, comme à la loupe, et de loin capter encore cette expression avec ce qui environne les personnes, parce que là c’est une solitude, de chaque personne.

 

Pour toi, l’expression passe-t-elle plus par la couleur ou par le trait ?

 

Les couleurs sont vraiment premières chez moi. C’est plus fort que moi. Quand je suis dans mon atelier, j’ouvre tous les pots, tous, même ceux dont je n’ai pas besoin a priori. Je commence par ouvrir tous ces pots, je mélange, je prépare. Ensuite, je reste peut-être sur le rouge ou une couleur en particulier, mais à un moment donné, on s’oublie, donc les couleurs, toutes ces couleurs je dois les avoir là, prêtes. Oui, je pense couleurs en premier.

Mais tous les tableaux ne sont que des prétextes à peindre. On se donne un thème, parce qu’à un moment donné il nous intéresse, parce qu’on en a eu une expérience personnelle. Par exemple, contemplations : chacun de nous contemple, chacun réfléchit sur lui-même. Dans les trajets en métro par exemple, on lit des livres, des journaux, des choses se passent, on regarde les gens, donc on voit les gens qui sont en train de réfléchir, les visages un peu suspendus soudainement, parce que chacun pense, à son travail, à sa vie. Mais c’est vrai, c’est une solitude.

 

18 septembre 2014, propos recueillis par Anne Dessertine

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